• Bonjour

    Tous les ans au mois d'août le cabinet est fermé. 

    La reprise des consultations se fait début septembre.

    Cordialement 


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  • Céline est une collègue psychologue.

    Elle a subis un traumatisme vicariant. C'est le traumatisme que subissent les soignants quand ils sont trop impactés par leurs patients. C'est une souffrance mal connue du monde médical et surtout souvent mal dépistée. Le traitement en est pourtant relativement simple en thérapie EMDR. Ce qui est important c'est que n'importe qui peut subir un traumatisme vicariant et que personne n'y est immunisé. Ce n'est ni un signe de faiblesse ni un signe d'une mauvaise hygiène de vie. Ça arrive, c'est tout. Mais des solutions sont possibles. 

    Le traitement du traumatisme vicariant de Céline s'est déroulé sur 2 séances de retraitement EMDR. 

    Je la remercie énormément pour son témoignage, il pourra aider de nombreux collègues thérapeutes à prendre soin d'eux. Voici son témoignage: 

     

    Trauma Vicariant

     Juillet 2017

     Depuis quelques années, ma charge de travail est importante et je suis confrontée à des personnes présentant des problématiques émotionnelles parfois difficiles comme tout professionnel de santé.

    Pour autant, j’ai mis en place des plages de temps pour me ressourcer de manière quotidienne, avec la pratique de sport en extérieur, proche de la nature et aussi en intérieur.

    J’ai une énergie importante et arrive à mettre de la distance, avec les traumas dont les patients se libèrent peu à peu.

    Certains cas, peu fréquents me trottent parfois dans la tête mais je les adresse alors en supervision ou en covision ou avec des collègues psy ou  avec des médecins ou autres professionnels de santé. Je ne me sens pas isolée, j’ai créé autour de moi des espaces d’écoute et d’échanges.

    En début d’année 2017, je ressens le besoin  de m’ancrer encore plus, je pratique déjà  la méditation Pleine Conscience, et je commence des méditations Heartfulness, dans un centre toulousain. Je vis mon métier avec bonheur et satisfaction. J’envisage de continuer à me former au fil des ans.

    Lors d’une séance de méditation, une douleur au cœur apparait avec quelques flashs d’images de mon passé mais je parviens à me recentrer et trouve du plaisir à ses rencontres avec moi-même.

     En juin 2017, je reçois une patiente qui est envahie par des angoisses débordantes de mort suite au décès de sa tante qui s’est jetée dans une rivière un an avant. Je traite ce trauma en EMDR avec l’identification de la pire image et la patiente peu à peu ressent du mieux être, comme une prise de distance par rapport à la scène.

     Et, tout à coup, sans signe avant coureur, en pleine nuit, je suis réveillée par des angoisses de mort, impérieuses qui m’envahissent. Je ressens l’urgence de me faire hospitaliser, pour me protéger de moi, je me sens en danger, ces idées de mort sont omniprésentes et des scénarios de passage à l’acte s’imposent à moi, principalement par noyade ou pendaison.

    Je me rapproche de mon médecin, commence un traitement antidépresseur et anxiolytique,

    Je commence quelques séances de thérapie classique, puis en EMDR avec un thérapeute puis un autre, ce qui ne donne pas d’amélioration,

    Le diagnostic posé par les différents interlocuteurs du secteur médical est plutôt le burn out et un deuil auquel j’ai été confronté 4 ans auparavant non travaillé et peut être aussi le départ d’un de mes enfants.

    Tout ceci est là en même temps, je vis un enfer, au quotidien, je suis une vraie loque, je ne me reconnais plus, moi, si dynamique, je suis sans énergie, comme si un court circuit avait éteint mes capacités physiques et intellectuelles. Je ne vois pas d’autres solutions que de mourir.

    Je pars en vacances, forcé par mon conjoint, je suis un robot, un zombie, je n’ai plus accès à mes ressources, à mes pensées rationnelles, à mes activités physiques qui me font d’habitude tant de bien, je n’aspire qu’à mourir. Je ressens de la honte d’être dans cet état par rapport à ma famille proche, comme si je n’avais pas su me protéger.

    Tout est mélangé, dans ma tête, mes patients, le deuil d’il y a 4 ans, le départ d’un de mes enfants. Je cherche des documentations là-dessus, je trouve celle du trauma vicariant, je ne comprends pas toutefois comment m’en sortir, je remplis le protocole approprié mais cela ne change rien.

    Ma collègue médecin me conseille de continuer mon activité, dès mon retour de vacances,  elle me fait des séances d’ostéopathie, et travaille sur mon cœur, ce cœur qui saigne comme si un couteau était planté dedans depuis cette fameuse nuit de juillet 2017. Elle prend rdv pour moi avec un psychiatre fin aout et me donne des coordonnées pour me faire suivre en EMDR. Je ne veux pas aller voir le psychiatre, je ne veux pas… j’y vais quand même…

    Fin aout la psychiatre parle de burn out et souhaite que j’arrête mon activité et prenne du repos ou me fasse hospitaliser pour me mettre à l’abri. Elle me dit que cela va prendre du temps.

    Ma collègue médecin, quant à elle, n’est pas d’accord, elle me propose de continuer mon activité de manière plus légère et n’arrête pas de me dire que cela va passer mais qu’il faut que je travaille la fracture qui s’est ouverte.

    Je parviens à continuer mon activité, j’allège mes journées, prends des pauses, écoute des petites méditations, c’est difficile mais au fil des jours, cela va de mieux en mieux.

    Je n’arrive pas à me résoudre à prendre rdv en EMDR avec un thérapeute. J’ai déjà essayé , j’en ai vu 2 et cela n’a rien donné. De plus, J’ai peur de travailler sur les images intrusives. J’ai peur que cela « flambe « de nouveau.

    Cette collègue médecin m’encourage et me dit qu’il faut le faire. 

    Quand j’ai le rdv avec le thérapeute, je ne veux pas y aller,

    Il m’explique que ce n’est pas un burn out, du fait que ce trauma a explosé littéralement du jour au lendemain. Il met des mots sur ce que je vis. Il me dit que le plus dur est passé, que cela ne va pas être autant de mois de convalescence, qu’il a déjà vécu cela, que j’ai mis des choses en place pour me protéger mais que cela peut arriver.

    La 1ere séance, il me demande de proposer une marche à suivre, j’en suis incapable, tout se mélange dans ma tête, j’ai bien ma feuille avec le protocole mais pas d’idée pour enchainer et je suis obligée de le suivre dans ces propositions.

    nous ciblons l’image, et cela s’estompe peu à peu, mon cœur me fait toujours mal.

    Je sors malgré tout de cette séance rassurée et confiante.

    La 2nde séance après réévaluation de la scène initiale de la séance précédente, nous passons au protocole du futur,

    Je n’ai pas d’inquiétude sur une scène en particulier, comme un suicide ou autre mais mon inquiétude porte plutôt sur un patient qui présenterait une situation qui me ferait à nouveau perdre pieds, sans savoir précisément aujourd’hui ce que cela pourrait être. Nous le traitons et à nouveau je garde toujours mal au cœur à la fin de la séance.

     

    En conclusion,

    La psychiatre est très surprise de la rapidité de mon mieux être. En effet mi septembre je suis en possession de mes moyens, « comme avant ».

    Aucun thérapeute sur mon chemin ne m’a aidé à comprendre ce type de trauma à part le dernier. Cela m’a énormément soulagé de comprendre ce qui m’était arrivé et de comprendre aussi que cela pourrait se reproduire mais que j’allais mettre en place encore d’autres moyens de me protéger et de m’ancrer, style Yoga, Ch Gong et que la prochaine fois, je saurais qui aller voir.

     

    Je dois continuer à faire attention à moi, je suis encore en convalescence, je dois me mettre des limites et « écouter mon cœur, mon corps »

     


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  • Bonjour

    Voici le témoignage de Béatrice (prénom changé). 
    Elle est venue consulter après le décès de son mari. Nous nous sommes rendus compte ensemble que ce deuil était venu réveiller les vieilles blessures de son enfance.  
    Je la remercie chaleureusement pour le témoignage qu'elle m'a confié, je pense qu'il donnera une lueur d'espoir à de nombreuses personnes. 

     

    Témoignage 29 septembre 2017

    Un témoignage sur l’EMDR et Nicolas Desbiendras…peut être pour que d’autres arrivent à se libérer de ce qui les entrave et les empêche de vivre pleinement. Leur dire que mon seul regret est de ne pas avoir fait ce travail avant…mais avant ce n’était pas possible…pas le moment…pas l’envie ...pas le besoin sans doute…

    Ce témoignage sera court pour qu’il reste lisible et résumer en peu de mots est forcément réducteur de tout ce que j’ai vécu et traversé pendant la thérapie.

    J’ai rencontré Nicolas Desbiendras à un moment effroyable de ma vie, dans ces moments de bascule, de précipice où il ne reste pas trop de choix …j’avais envie de disparaître, de mourir…j’avais perdu mon compagnon de vie un an auparavant et malgré les antidépresseurs je pensais sans arrêt au suicide.

    Je me sentais mal, déprimée oui mais …plus que ça…éparpillée, soumise à des pulsions étranges et contradictoires…je me ressentais « en morceaux » …je n’étais rien, absente de moi-même, sans intérêt, étrangère …quand j’ai appelé j’avais peur, j’avais peur même qu’il ne veuille pas m’aider …tellement je me sentais vieille, nulle, abandonnée, coupable…pas le droit d’exister….

    Le plus douloureux peut être était cette sensation de vide, ce sentiment d’étrangeté par rapport aux autres mais aussi par rapport à moi…j’avais peur…je me sentais morcelée …je ne savais plus qui j’étais…j’avais un ressenti profond de non existence, de néant…avec un désir que tout ça s’arrête vite.

    C’était difficile pour moi d’aller voir un psy…de lui confier ma tête, mon âme …pas confiance ...je n’avais confiance en personne…l’EMDR ??? j’y croyais pas trop…et puis j’avais peur …très peur …une peur animale que j’essayais de contrôler.

    Nicolas Desbiendras avec professionnalisme, patience et empathie a peu à peu réussi à nouer avec moi l’alliance thérapeutique nécessaire au traitement de mes multiples traumatismes enfouis …ces blessures qui m’empêchaient de faire le deuil de mon compagnon …qui faisaient que j’étais en mode survie mais que je ne vivais pas réellement.

    Peu à peu, avec tact et douceur mais avec fermeté, Nicolas Desbiendras m’a fait revisiter mon enfance, mon adolescence et ma vie d’adulte et grâce à l’EMDR, je retrouvais des choses peu à peu, des choses occultées douloureuses qu’il traitait et mes souffrances s’atténuaient…

    Il me faisait exprimer des choses que je n'avais jamais dites et surtout que je ne m'étais jamais formulées à moi-même…Il me faisait expérimenter le recul que j'ai quand j'ai le sentiment qu'on envahit mon espace…il me faisait ressentir de la colère, du dégoût, du mépris et beaucoup d'autres émotions que j'avais, je crois, voulu oublier…Il me faisait ressentir physiquement les émotions. 

    J’arrivais peu à peu à reprendre contact puis à accepter les différentes parties de moi …et oui …j’ai compris et accepté le fait que je souffrais d’une certaine dissociation et que plusieurs parties de moi coexistaient sans arriver à fusionner en un être unique et que certaines de mes souffrances, mon sentiment d’irréalité persistant venait de là…difficile de se ressentir aussi plurielle, aussi morcelée et de mettre des mots là-dessus (surtout quand on est médecin …)

    Progressivement, Nicolas Desbiendras les mettait à jour, les invitaient à nous rejoindre, me permettaient de les connaître, de les reconnaître, de les accepter…un processus long, douloureux …j’ai beaucoup souffert, beaucoup pleuré au long de cette thérapie mais Nicolas Desbiendras était là, présent, attentif, chaleureux, solide, rassurant…et il me permettait d’avancer à mon rythme, de retrouver confiance, de trouver les mots et surtout grâce à l’EMDR il guérissait peu à peu les blessures. Le passé se reconstruisait autrement, s’encodait autrement et devenait vraiment du passé.

    Les pièces du puzzle commençaient à se mettre en place et je commençais à me sentir moi, à me sentir mieux, à me sentir exister.

    Nicolas Desbiendras m’a accompagnée pas à pas sur ce long chemin, il a été un peu tout, ma mère, mon père et que sais-je encore…écoutant sans juger…posant des mots quand il le fallait sur les choses indicibles.

    Bien que parfaitement intégrée dans mon milieu professionnel, efficace et appréciée …il y avait toujours l’autre moi …celle qui devait toujours justifier son existence, celle qui croyait qu’il fallait être utile pour être aimée…utile …mais utilisable…et utilisée de fait…

    J’ai été si longtemps un enfant pansement autant dire du consommable …je ne connaissais pas les limites du moi …je n’étais rien ou pas grand-chose. J’avais une sensation de non existence, de nullité en soi…pour valoir quelque chose on devait être utile …pour être aimée je m’absentais de moi-même. 

    Et cet autre moi se disait « avoir été un enfant pansement, avoir pu être manipulée par ses frères, avoir pu être "touchée " par son "oncle " et avoir été violée ne peut relever que de quelque chose qui ne va pas en moi, quelque chose que tous ces gens sentent, ils sentent que c'est possible, que j'ai une faille... ».

    J’ai voulu mourir et ensuite j’ai failli mourir …je suis en vie et je me sens vivante. Grâce à Nicolas Desbiendras j’ai traversé toutes mes ombres, j’ai accepté le fait de ne pas être « parfaite » mais d’être comme je suis, d’être moi entière et unifiée…

    J’espère que celles ou ceux qui liront ce témoignage auront le courage de suivre une thérapie EMDR,

    Je n’y croyais pas, je pensais que je ne m’en sortirai pas, j’avais peur, j’avais mal, j’avais plus envie et surtout j’avais pas confiance…et pourtant c’est tellement indispensable d’être bien avec soi-même, de s’aimer à nouveau. La vie n’est pas un long fleuve tranquille après ! mais elle est différente, elle a une autre saveur, une autre couleur. On se sent vivant tout simplement.

    Je voudrai aussi dire ici tout le respect et la reconnaissance que j’ai pour Nicolas Desbiendras et pour son professionnalisme.

    C’est un vrai thérapeute, empathique, respectueux, éthique et responsable ; il est persévérant, patient, constamment à l’écoute, solide et rassurant. Je lui ai accordé ma confiance et ai noué avec lui une alliance thérapeutique efficace ce dont je me croyais incapable.

     Et croyez-moi ! L’EMDR ça marche !

    Béatrice…Cécile et les autres...  (prénoms changés)

     

     

     

     

     


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  • Témoignage 

    Je remercie Adeline (prénom changé) pour le retour qu'elle a écrit sur sa thérapie EMDR. J'espère que son témoignage pourra aider d'autres victimes  à faire la démarche de prendre soin d'eux. 

     

    Je m'appelle Adeline, j'ai 27 ans et l' « EMDR » m'a sauvé la vie. Je souhaite témoigner pour les personnes qui sont confrontées au stress post-traumatique. Je leur souhaite beaucoup de courage et j'espère que cela pourra les décider à se faire aider. La technique peut certes, de prime abord, être déstabilisante, mais  elle a été efficace pour moi. Je sais aussi que pour différentes raisons, demander de l'aide et faire confiance à un spécialiste n'est pas évident pour tout le monde. J'aimerai délivrer un message d'espoir et dire que même après un événement traumatique, il est possible de retrouver une vie « normale », ou apaisée.  

     

    J'ai été écrasée par un chauffard dans un parking, alors que je revenais à ma voiture les bras chargés de courses. L'accident en lui même est extrêmement traumatisant bien sur, mais les hospitalisations qui ont suivies le furent tout autant. Car il arrive que même les soignants vous prennent pour une folle et vous infantilisent alors que vous êtes simplement traumatisée et que vous réagissez comme une personne qui a eu peur de mourir et qui s'est débattue sous les roues d'une voiture. Ils m'ont fait payer cher leur ignorance, car j'ai pu constater à mes dépends que le syndrome de stress post-traumatique est relativement mal connu par les professionnels de santé. Cependant, peut importe le traumatisme, les conséquences sont toujours les mêmes. Hypervigilence, évitement, cauchemars, insomnies, perte d'estime de soi, changement de personnalité, dépression etc, … elles nous pourrissent la vie et celle de nos proches.

     

    Je suis donc arrivée chez Monsieur Desbiendras, plus d'un an après l'accident, totalement anéantie et désespérée. Dans un état de détresse tel que j’échafaudais déjà depuis plusieurs mois des scénarios pour mettre fin à mes jours le moins douloureusement possible. Personne ne me comprenait, ma compagne ne me reconnaissait pas. Je souffrais beaucoup, physiquement et mentalement. J'étais de plus culpabilisée par les médecins qui me reprochaient mon manque de collaboration parce que j'ai toujours refusé de prendre les antidépresseurs qu'ils me prescrivaient. Seule solution à leurs yeux pour que j'aille mieux. J'avais le sentiment que cela n'y changerait rien et je pense que j'ai eu raison de ne pas céder.  Aussi, quel n'a pas été mon soulagement quand après m'être battue, en particulier, contre l'abominable condescendance et l'insupportable paternalisme des médecins, et en général contre l'ignorance des professionnels de santé, Monsieur Desbiendras m'a écouté et comprise ! Dès le premier rendez-vous je savais que j'étais sauvée.

     

    Les séances n'ont pas pour autant été une promenade de santé. Bien au contraire, elles sont extrêmement éprouvantes. Je vous conseille donc de trouver un praticien dans lequel vous avez entièrement confiance. D'ailleurs, au début j'ai douté de cette technique qui consiste à ré-expérimenter les événements traumatisants. Néanmoins, Monsieur Desbiendras à su me rassurer et me mettre en confiance. Et très vite, certaines peurs ce sont estompées. Les images qui étaient extrêmement détaillées, les bruits, les odeurs, peu à peu sont devenus flous et lointains. De sorte que vers la fin de la prise en charge j'avais du mal à me souvenir des événements traumatiques, non pas parce que c'était insupportable comme au début de la thérapie, mais plutôt parce que je n'y arrivait plus.

     

     

    J'ai fait 12 séances parce que mon traumatisme était relativement « ancien », je suis passé par des phases très difficiles. Par cette technique j'ai aussi appris à écouter mon inconscient et à être plus indulgente avec moi même et mon corps blessé. Sans cette technique je n'aurais sûrement pas eu les clés pour me reconnecter avec la personne combattante et sure d'elle que j'étais avant l'accident. Je n'oublie pas la réaction du chauffard et le peu de considération que peuvent avoir certaines personne à l'égard d'autrui. Néanmoins grâce à l'EMDR et à un praticien à l'écoute de mon mal être, j'ai retrouvé l'espoir et ma vie à reconstruire. 


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  • Séverine a accepté de témoigner d'un trouble encore peu connu notamment des professionnels de santé en charge de victimes, le traumatisme vicariant. Il est à prendre en compte au delà des conditions difficiles de travail inhérentes au métier. Je la remercie pour cette initiative qui a pour but d'informer et d'alerter les personnes au bord de l'épuisement professionnel ou qui s'effondrent complètement sans comprendre ce qui leur arrive.

    " Moi Séverine 46 ans , assistante sociale mais plus fière de l'être...

    Maman de 2 jeunes enfants, un parcours professionnel riche dans différentes régions en milieu hospitalier. L'hôpital ce milieu où je me sentais passionnée et toute puissante m'a détruit à petit feu. 8 ans aux urgences à gérer des situations de violences , à recevoir des victimes à la vie brisée, des témoins d'une fusillade qui a fait 5 morts, à protéger une femme victime de strangulations par son mari armé et en fuite, le travail avec la BAC, les pompiers... Rencontrer des parents en plein délire mystique, des patients qui vont aller se jeter sous un train "si l'assistante sociale ne signe pas l'HSDT" selon certains psychiatres, des montées d'adrénaline entourée d'une équipe formidable placée au premier plan dont l'implication était indéniable, et quelle fierté je ressentais d'être à leur côté.

    Ma vie sentimentale m'a permis de partir et de poursuivre mon chemin dans d'autres hôpitaux plus petits mais moins d'adrénaline, moins de sentiment de toute puissance avec des situations tout autant dramatiques, agression sexuelle d'une petite fille de 3 ans, abandon d'un bébé par sa mère pour aller commettre un crime, rencontre de parents d'enfants très violents qualifiés parfois d'irrécupérables... Et malgré la rencontre de professionnels formidables, le sentiment d'être de plus en plus seule ou pas à ma place. Une hiérarchie tantôt exigeante tantôt défaillante, une organisation hospitalière de moins en moins claire, ou des professionnels passionnés et investis, ou des professionnels fatigués, résignés, se sentant malmenés et pas à leur place avec le sentiment de faire tout sauf leur travail. "Je n'étais pas là hier, je ne connais pas le patient, vois avec quelqu'un d'autre"..."J'en ai marre des vieux"..."L'hôpital n'est pas un hôtel"..."Ils viennent ici parce que c'est gratuit", autant de phrases entendues tous les jours et devenues insupportables à mes oreilles ... La population est vieillissante, on accueille rarement à l'hôpital des jeunes, beaux et en pleine forme, non l'hôpital n'est pas gratuit...

    Mon téléphone qui sonne toutes les 5 minutes, il faut être à 3 endroits en même temps, les patients qui ont des problèmes sociaux doivent sortir dans 2 heures ... Les patients qui viennent d'être admis et dont l'assistante sociale doit régler le devenir alors qu'ils n'ont même pas été vus par le médecin ! Le médecin qui a l'impression de ne gérer que des problèmes sociaux, l'infirmière qui n'a plus le temps de parler aux patients ni de les reconnaître, l'aide soignant qui a l'impression de faire le boulot de l'infirmier, le cadre qui doit être un bon manager et les administratifs à qui l'on reproche de ne servir à rien, la direction soit disant incompétente qu'il est mieux d'envoyer ailleurs pour une promotion...

    Une vision du service publique qui m'est devenue insupportable. Des familles et des patients catalogués de "chiants et qui profitent du système", qui ne disent rien ou qui explosent entre autres dans le bureau de l'assistante sociale et n'osent pas écrire à la direction.

    Et moi et moi et moi !

    Plus de sens au travail, une fatigue permanente, une anxiété à toute épreuve, des vacances qui ne reposent pas, le divorce du voisin qui m'envahit, l'accident de la route qu'on me relate où j'ai le sentiment d'être touchée personnellement, les problèmes des amis qui me touchent trop, les enfants qui jouent qui s’insupportent, la remarque avec humour qui me fait pleurer, et puis un jour le trop plein. J'apprends par inadvertance que mon bureau doit être occupé un mois plus tard par un professionnel de la direction, mon bureau, mon seul refuge où je pouvais me protéger, fermer mes écoutilles. On me propose un bureau sans fenêtre au milieu d'un escalier puis un superbe bureau... dans un service vide...

    Je pars me ressourcer à Paris, retrouver des copines et sortir dans les rues parisiennes le 13 novembre 2015 et là  j'ai peur, Paris se vide, des terroristes tirent sur des terrasses de café, il fait se mettre à l'abri, des victimes sont annoncées et les terroristes se déplacent dans Paris et tirent à vue. Qu'est ce que je fous ici ? Je ne me sens d'aucune utilité pour aider les gens en détresse, je suis en vie moi , tout va bien. Je rentre chez moi anesthésiée par les événements et exaspérée par ce que je perçois comme de l'indifférence chez les gens qui continuent à vivre comme si de rien n'était... ça m'exaspère de façon démesurée.

    Je retourne au travail avec la force de me battre et d'obtenir qu'on me laisse mon bureau, il y a plus grave... Et puis Noël arrive, les festivités, les vacances, je vais pouvoir faire une coupure, me reposer et la maison est cambriolée le soir de Noël... Impossible de reprendre le travail, je suis anéantie, bloquée, phobique de tout ce qui pourrait m'arriver de plus ! Mais comment me justifier, je n'ai rien de grave ! Les problèmes de santé s'enchaînent pendant 3 mois des douleurs physiques. Je fais appel à différents médecins et thérapies qui me soulagent... Dans 2 mois je vais retourner au travail. 

    Je vivote, je m'investis au niveau associatif, je fais du sport, je fais bonne figure mais le regard des autres est lourd et les remarques me blessent, l'élan n'y est pas. J'agis comme un robot. "Toi dépressive ? On dirait pas , j'aurais jamais cru, ce n'est pas possible, tu as toujours été trop sensible et quant est ce que tu reprends le travail"???? Mais foutez moi la paix, je veux du calme, pas de speed, j'ai pas envie d'en parler, je ne veux plus parler de mon travail, j'ai honte de mon travail, je vais faire une formation, postuler ailleurs...

    Impossible de passer à l'action. Je ne m'ennuis pas mais je voudrais m'ennuyer à nouveau, j'ai mal dans mon corps, le foie, les articulations.

    Le malaise du travail prend tout son sens lors des séances de thérapie et d'EMDR. L'épuisement insidieux depuis des années, les relations familiales et professionnelles difficiles, des relations toxiques. Les séances rythment mon quotidien et je lâche toutes mes angoisses et surtout mes traumatismes inscrits dans mon esprit et mon corps. Elles m'aident à dire non, à réinvestir ma personne et porter un regard bienveillant sur ce que je suis.

    Mon arrêt de travail devient légitime à mes yeux. La culpabilité laisse place doucement mais sûrement à un apaisement, une colère atténuée tout en continuant à défendre mes valeurs. J'ai pu reprendre le travail dans un cadre protégé avec le concours de la médecine du travail. Le contexte de travail reste compliqué mais j'ai pu me positionner à nouveau et je parviens à refaire mon travail correctement sans donner plus, et j'ai pu aussi intégrer un bilan de compétences. Ce qui est important pour moi, c'est de ne plus être dans le ressenti de l'urgence de faire les choses, mais de ne pas nier mes valeurs et ma sensibilité, mon dynamisme, mettre mes qualités à mon service avant tout et non au service des autres...

    Il reste du chemin à parcourir ... fort heureusement ! et surtout de ne pas régler les problèmes trop vite, se laisser le temps de vivre les événements de la vie différemment tout en ayant conscience du passé mais avec un regard et un ressenti différent. L'EMDR m'a permis ça

    et de toujours garder à l'esprit qu'est ce qui est important pour moi maintenant."

    Séverine

     


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