• Cas de Laurent: insécurtié affective

    Laurent est à la retraite, actif et toujours en mouvement il vient me consulter pour des problèmes dont il souffre depuis toujours. Nous faisons un plan de traitement regoupant plusieurs axes thérapeutiques. Le premier axe débouchera sur un plan de ciblage centré sur l'insécurtié affective. Ce témoignage est centré sur ce premier plan de ciblage.

    Laurent m'a confié un témoignage riche et détaillé de son vécu personnel de la thérapie EMDR. Avec son accord je le publie ici.

     

    Le contexte

        Pour mieux appréhender mon expérience de la psychothérapie EMDR il est important que je parle de mon enfance. Pas de toute mon enfance mais de la partie nécessaire à la compréhension du tout. Mon enfance a été jalonnée de blessures douloureuses. Je ne relaterai ici que deux d'entre elles, celles qui ont participé à des actes fondateurs de ma personnalité. Très tôt j'ai subi un premier abandon. J'avais à peine trois mois. Pour diverses raisons, mes parents m'ont confié à mes grands parents. Finalement, ce sont eux qui m'ont élevé et cela a duré cinq ans. J'ai alors du réintégrer ma famille d'origine car j'avais atteint l'âge de la scolarisation obligatoire. Ce fut un second abandon que j'ai vécu en pleine conscience. Ce fut le plus douloureux. J'ai conservé de ces blessures une vive insécurité affective. S'ajoutaient à ces blessures une quête de mon identité et une grande frustration d'amour avec le sentiment d'être passé, sans la voir, à côté de la source.
        Cette insécurité affective a eu des conséquences négatives sur mon développement. Je suis devenu un enfant fragile, en recherche de protection et vivant de l'intérieur une combustion étouffée. Mes cris de détresse n'émettaient aucun son. Ils se diluaient dans mes larmes. Le plus souvent ils renforçaient l'emprise de mes angoisses. Ma scolarité a été longtemps hasardeuse. Si j'avais des dispositions en orthographe et en dessin les autres matières étaient plus laborieuses dans ma jeune enfance. Le repli sur moi-même ne m'a pas permis de cultiver l'ouverture sur les autres. Je suis le troisième d'une fratrie de cinq enfants.
        J'ai souffert de toutes sortes de séparations, du manque de confiance dans les adultes et en moi-même. Mon adolescence a été une sortie illusoire de ma dépendance affective. Mais elle m'a permis d'atténuer mes souffrances grâce, entre autres raisons, à mon grand intérêt pour beaucoup de sujets. Mes traumatismes ont été plus ou moins masqués par l'attention et la curiosité que je manifestais au monde et grâce à ma distanciation avec mes parents. Dans cette tranche de vie, mon centre de gravité s'est déporté sur les copains et les copines. Cela m'a permis de me donner le change, de compenser mes carences grâce à l'insouciance de la jeunesse. Mes blessures, toujours en embuscade, distillaient perfidement leur poison. Elles freinaient mes ardeurs et altéraient ma prise de risques. Je devenais captif des murailles que j'édifiais alors qu'elles étaient sensées me protéger. Dans ma relation aux autres, les conflits politiques, sociaux ou culturels pouvaient prendre une tournure dramatique car j'avais l'impression que cette construction fragile, battue en brèche, risquait de s'écrouler à tout moment.

    Une longue absence

        Harcelé par mes souffrances, ma résistance a cédé. J'avais trente huit ans. Je suis entré en dépression pendant quatre longues années. J'ai même été obligé d'interrompre mon activité professionnelle durant un an. L'association odieuse de l'inertie et de peurs, alimentée par la désespérance, m'entraînait peu à peu dans le ventre noir de la terre. Tout ce que j'avais construit s'effondrait, plus rien ne tenait debout. Mes forces m'abandonnaient, je perdais espoir bien qu'une petite flamme ait toujours vacillé dans ce puits sans fond. J'ai rencontré tout le corps médical, tous les spécialistes possibles, des guérisseurs, des communautés charismatiques. J'aurais même rendu visite au diable si j'avais eu son adresse. Exténué et seulement vêtu de la peau sur les os, j'ai accepté de rencontrer un nième psy. Mais cette fois-ci c'était un psychothérapeute … Son art et son charisme hors du commun m'ont sorti du trou. Ma thérapie a duré deux à trois ans et peu à peu j'ai retrouvé une énergie régénératrice. J'ai repris goût à la vie. Mon corps a pris forme mais autrement. J'ai franchi les obstacles que je voyais autrefois trop hauts. Tout n'était qu'illusion. Cependant, ce travail de recomposition sur des bases saines a eu des effets douloureux autour de moi. Mon divorce a été une prise de décision difficile. Je m'infligeais une double peine car je me séparais de ma femme et de mes deux enfants. Je m'arrachais d'abord à mon transfert de mère. Ce nouvel abandon était le prix à payer pour retrouver mon désir de vivre. Ensuite, je revivais par mes enfants interposés un abandon supplémentaire. Ils étaient trop jeunes pour tout comprendre malgré les explications franches et pleines d'amour que je leur prodiguais. J'ai vécu une période sombre tant j'étais mortifié par la douleur de mes proches. Cependant, la décision que j'avais prise était irrévocable. Ma nature profonde la réclamait avec force. Ma transformation a abouti à l'émergence d'un homme nouveau. Cette voix intime qui me guidait était si douce, dépourvue d'injonctions et de jugements, si rayonnante d'amour que ma conscience était débarrassée de toute culpabilité. Seule subsistait une souffrance.

    Un rayon de lumière

        Bien que les traumatismes de mon enfance aient été bien identifiés je n'ai pu en supprimer la douleur qu'ils distillaient. Je tirais un attelage trop lourd qui entravait ma motricité et consumait mon énergie. J'avais perdu toute ma légèreté et ma créativité se réduisait comme une peau de chagrin. J'ai continué à vivre comme un reclus pensant que les choses pouvaient s'arranger. Comme des réflexes conditionnés, des malaises se déclenchaient à des stimuli que je n'arrivais même plus à discerner. Ils généraient un mal être permanent. Avais-je une petite santé ? Non, au contraire, j'ai toujours eu une grande vitalité malgré les heurts et malheurs que j'ai traversés.

        Il y a un an, las de porter mon bât, j'ai décidé d'interroger Internet dans le domaine des médecines alternatives. C'est là que j'ai vraiment découvert l'EMDR. J'en avais entendu parler en tant que nouvelle méthode thérapeutique adaptée à la gestion des traumatismes forts (décès, viols, accidents, etc.). Mes traumatismes anciens semblaient ne pas entrer dans le cadre de cette thérapie surprenante par ses résultats (rapidité et efficacité). Mais après consultation de sites appropriés sur Internet j'ai appris que des modèles récents permettaient de les traiter.
        Ayant eu connaissance dans la presse qu'une conférence sur l'EMDR allait se tenir à Toulouse j'ai décidé d'y assister. Après une présentation succincte par des membres actifs de l'association, la conférencière nous a proposé un film montrant, sur un cas réel, comment les choses pouvaient se passer. C'est là que j'ai vécu une très forte épreuve émotionnelle en réaction au contenu du film. Le patient, en souffrance, relatait les souvenirs traumatiques de son enfance. Par certains côtés ils se rapprochaient des miens au point que j'ai intégré instantanément la souffrance visible de cet homme. Et elle est devenue insupportable au point que j'ai du quitter la salle de conférence avant la fin du film. Dehors il faisait déjà nuit. L'atmosphère était fraîche et douce. Je n'arrivais plus à respirer et mes membres étaient si contractés que je me mouvais avec difficulté. Ma démarche saccadée ressemblait à celle d'un enfant qui apprenait à marcher.

        Cette souffrance, telle une vague d'une amplitude démesurée, m'a submergé. C'était comme si, à force d'une longue et tenace compression, une brutale inflation venait de se produire à l'image d'un univers qui se recompose. Fossilisé par des décennies de sédimentation, des strates de souffrance venaient d'être mises à nu par la force d'un témoignage déchirant. 

        J'ai récupéré peu à peu, encore plus convaincu de la nécessité d'une psychothérapie par EMDR.

    Mon premier contact avec le psychothérapeute EMDR

        Mon thérapeute, que je nommerai tantôt par son prénom (Nicolas) tantôt par sa qualification (psychothérapeute), m'avait été vivement recommandé par la conférencière, elle-même thérapeute EMDR. J'ai donc aperçu Nicolas avant qu'il ne me rencontre.

        Les professionnels sont plus compétents que moi pour présenter l'EMDR. Toutefois, en tant qu'acteur je tiens à utiliser mes mots de patient. Tel que j'ai compris les choses. Désolé si j'emploie quelques expressions naïves ou approximatives.
       
        La thérapie par EMDR passe par un précautionneux et indispensable travail de préparation. Au préalable, il est nécessaire de lister et d'expliciter les épisodes émotionnels saillants vécus par le patient. Le psychothérapeute se charge de les analyser, d'en discerner l'importance et de les classer dans des grands thèmes. Le travail présenté ici concerne exclusivement le premier grand thème : l'insécurité affective. Cette remontée du temps commencera dans la vie intra utérine. Puis, elle passera par ma naissance et se poursuivra par le déroulé succinct de ma vie jusqu'à aujourd'hui. Comme je l'ai déjà dit, mon parcours est jalonné d'une multitude de situations émotionnelles. Certaines se rapportent à des blessures sur lesquelles le psychothérapeute va s'appuyer. Le patient est dans la nécessité de revivre ces épisodes traumatiques afin d'en éradiquer la souffrance qui leur est associée.

        Nicolas m'explique que la mémoire émotionnelle enregistre toutes les informations vécues par un être vivant dès le stade fœtal. Le système fonctionne comme la boîte noire d'un avion qui enregistre tous les évènements à bord. Dans le cas de la mémoire de l'être humain, il s'agit d'extraire les traumatismes (récents ou anciens) et d'en faire une lecture à l'aide d'outils appropriés. J'anticipe en disant que, dans mon cas, l'outil le plus approprié est le "rêve éveillé" (dont je dirai quelques mots dans le paragraphe suivant). Cet outil a bien fonctionné sur moi. Mon cerveau s'est chargé de définir les priorités à faire remonter au niveau du conscient et de les décrire par des images ou des archétypes appropriés, comme dans un rêve. Lorsque une blessure est trop forte l'information reste bloquée dans le cerveau émotionnel et n'est donc pas traitée par le cerveau cognitif. Le rôle de l'EMDR est ainsi de libérer le cerveau émotionnel de ses entraves et de les faire traiter par le cerveau cognitif. Pour finaliser le traitement de l'information le cerveau a besoin d'associer une information positive au mécanisme de traitement. Elle peut être, par exemple, une émotion positive.

        Un mot sur le "rêve éveillé". La génération d'images, dans le rêve éveillé, fonctionne de la même manière que celle du rêve en état de sommeil paradoxal. Notre inconscient fait remonter au niveau de notre conscient les informations à traiter. Certaines sont plus importantes que d'autres car elles peuvent mettre en danger notre intégrité physique ou mentale. Pour retranscrire le rêve, le cerveau met en scène des personnages, connus ou inconnus, des objets, des lieux, des situations, des archétypes etc. Le but est de traiter l'information onirique mais aussi de tirer parfois un signal d'alarme. Dans la réalité l'explication est sans doute plus complexe. Par souci de simplification nous en resterons à une représentation élémentaire. Comment interpréter l'iconographie onirique ? Il ne faut pas la traduire au premier degré. Le scenario est souvent abracadabrant ! Ce n'est pas le film de la réalité comme peut la reproduire un caméscope. Le contenu des images est là pour restituer les émotions vécues et transcrites dans la mémoire affective de la personne. Tous les éléments de l'image sont importants mais il est nécessaire de les interpréter au second, voire au troisième degré.

    Un voyage dans le temps

         Nous sommes maintenant dans une séance pratique d'EMDR. Nicolas m'invite à me projeter dans ma période prénatale. Je n'ai jamais eu le moindre souvenir de cette période, qu'il soit visuel ou auditif. Il me demande de laisser venir les choses, sans forcer. Au préalable, et pour peaufiner notre travail, il me demande de penser à une "image de bonheur". Je tombe instantanément en sanglots ! Je ne suis plus en état de comprendre ce qui m'arrive. Je ne retiens pas mes larmes. Elles ruissellent pendant de longues minutes jusqu'à ce que la source se tarisse. Je sens les doigts de Nicolas qui tapotent alternativement mes genoux. Avec le rideau de larmes qui obstrue ma vue, il n'était pas possible de suivre visuellement le balancier de sa main. Le mot "bonheur" a agi comme un détonateur. N'ai-je jamais vu, au cours de ma période juvénile, une image de bonheur ? J'ai comme un étrange sentiment de carence. Et bien, voilà une entrée en matière inattendue ! Ce ne sera que le début de mes surprises. Voilà qu'une réalité, cachée depuis tant d'années, s'exprime aujourd'hui. Je suis dans une totale abnégation. Je n'ai aucun contrôle de la situation. Bien au contraire, mes résistances, si souvent sollicitées, sont en train de céder comme le ferait une digue sous la pression des vagues. Je suis bien décidé à faciliter le déroulement de la thérapie. Cette immersion, loin de m'inquiéter comme elle aurait pu le faire dans le passé, était apaisante et me donnait le goût de m'y soumettre avec jouissance et confiance.

        Passée cette vive émotion, le moment est venu de retourner dans le ventre de ma mère. Quelles sont mes sensations, mes émotions ? Ce scénario me paraît insensé. Nicolas insiste gentiment, sûr de lui. Je me concentre ! Mais qu'est ce que je vais pouvoir raconter ? Je me sens stérile et il me semble que mon attente dure une éternité. Et puis, soudainement, mon attention capitule. Aussitôt une mise en scène onirique se met en place. Tout en restant éveillé, je me sens dans un état modifié de conscience, comme dans une légère hypnose. Je suis dans le ventre chaud de ma mère. Mais il n'y a aucune communication entre nous deux. J'ai conscience que ma mère est dans mon dos. Mon corps est adossé à sa chair tiède et humide. En face de moi, comme si je voyais à travers sa peau, une fenêtre ouverte sur la rue diffuse une lumière tamisée. Une brume épaisse remplit le ciel. L'intérieur de la pièce m'apparaît dans des tons sombres de gris. Il n'y a aucun meuble, aucune iconographie, pas le moindre personnage. Mon père est absent. Un silence lugubre occupe tout l'espace. Je ressens une grande solitude dans cet environnement incolore, inodore, vide et triste. Je n'ai pas froid, je suis au chaud. C'est mon seul réconfort. Mais aucun rayon de soleil ne vient illuminer la pièce ni colorer le moindre objet. Mon père doit travailler ou s'occuper de mes deux sœurs. Pourquoi ma mère ne me parle-t-elle pas ? Elle ne me touche pas non plus. Un étrange sentiment d'indifférence alimente ma solitude. J'ai beau regarder à droite et à gauche, tout est figé, triste et vide.

        Maintenant, plus rien ne se passe. Mon cerveau a déroulé un film comme il le fait pendant mon sommeil. Avec sa propre sémantique, il a communiqué à ma conscience les émotions enfouies depuis des décennies dans mon cerveau émotionnel. Je sors de mon état hypnotique. Les images oniriques sont bouleversantes par l'atmosphère qu'elles me communiquent. La solitude et la tristesse sont des instants fugaces qui ont toujours jalonné ma vie. Ils me sont familiers. Par contre, ce qui me surprend est l'indifférence apparente de ma mère. Pourtant, l'hyper développement de son instinct maternel a toujours été une constante de sa personnalité. Mais là ! Où est passé son instinct ? Rétrospectivement, je me dis que ma mère vivait sa troisième grossesse en trois ans. Elle avait le droit d'être fatiguée ! Et puis les mères ne doivent pas parler si souvent que cela au fœtus. A cette époque, mes parents habitaient une petite bourgade du Pas de Calais située dans ce qu'on appelait la "zone interdite". Leur maison était partagée avec l'armée allemande. Les nuits de beuverie, la soldatesque vociférante rentrait bruyamment en donnant des coups de crosse et de bottes dans la porte de mes parents. Circonstances atténuantes !

    Ma naissance

        Nous revoilà dans une séance pratique d'EMDR. Je laisse monter en moi ce que mon cerveau me propose. Nous sommes le 25 janvier. Il est une heure du matin. Il fait froid dehors. Cela fait déjà plusieurs mois que les troupes alliées ont chassé l'occupant. Dans la minuscule chambre éclairée par une petite lampe de chevet ma mère est sur le point d'accoucher. Personne autour d'elle. Mais elle n'a pas peur. Allongée sur sa couche elle met au monde son premier garçon. Aussitôt après l'expulsion, ma mère se tourne sur son côté droit. Allongé sur une grande serviette éponge blanche maculée de sang, je m'agite en vagissant. Je ne vois que l'énorme croupe blanche et immobile de ma mère. Mon père n'assiste pas à l'accouchement. Pas de sage femme non plus ! Personne autour de nous. Ma mère, dans sa solitude, a donné naissance à son troisième enfant. Nos deux solitudes ne se rencontrent pas. Je pleure, les bras s'agitant dans le vide. Il ne se passe rien.

        Je suis encore surpris par l'attitude de ma mère. Ces images confirment ma première impression. J'ai du mal à y croire. Seule une grande lassitude liée au travail d'accouchement peut la justifier. Et puis, autour de nous, c'est le no man's land ! Ma mémoire émotionnelle me renvoie non pas un abandon mais une indifférence que j'avais déjà perçue dans ma vie intra utérine. Aucun bras n'est là pour me serrer contre sa poitrine, pas la moindre main pour me laver, me caresser. On dit souvent que l'on est seul pour mourir. Est-on aussi seul pour naître ? Je n'ai pas l'impression d'avoir vécu ma naissance comme un traumatisme mais plutôt comme une carence. Suis-je né affublé du fardeau de la solitude ? Comment apprendrai-je à aimer ?

    Le premier abandon
       
        Cela fait trois mois que je suis né. Mes grands parents maternels n'hésitent pas à faire près de mille kilomètres en chemin de fer pour faire la connaissance de leur premier petit fils. Et lorsqu'ils m'aperçoivent ils tombent sous le charme de ce beau bébé blond aux yeux bleus. Ils reconnaissent en moi leur fils Henri, au même âge. La ressemblance est telle que leur langue fourchera souvent. Ils m'appelleront souvent Riri (diminutif de Henri). Ce transfert de paternité est un grand bouleversement pour eux. A partir de cet instant, ils n'auront de cesse d'être habités par cette illusion troublante.
        Mes grands parents se rendaient compte que leur fille et leur gendre avaient du mal à élever leurs trois enfants en bas âge. Les conséquences de la guerre étant encore présentes, le rationnement des produits alimentaires ne faisait qu'accentuer leur incommodité matérielle. Nous étions en avril. Mes grands parents ont proposé de me prendre en charge jusqu'aux vacances d'été pour soulager mes parents. Ces derniers me récupèreraient dès leur retour dans la maison familiale. Malgré une hésitation de mes parents, ce troc temporaire leur assurait momentanément de meilleures conditions de vie. Mais l'été venu, les habitudes et les attachements avaient scellé mon sort. Les tentatives pour me récupérer ont été l'objet de joutes entre mère et fille. Mes parents cédèrent une seconde fois. C'est aussi parce qu'ils y trouvaient leur intérêt. Finalement, cette situation dura de longues années jusqu'à ce que j'atteigne l'âge de scolarisation. J'avais alors cinq ans. Je reviendrai plus loin sur les conséquences de cette seconde séparation.

        Nicolas m'incite donc à revivre le moment de ma première séparation. Je visualise à nouveau la petite chambre sombre où ma mère a accouché. La lampe de chevet diffuse la même lumière jaunâtre. Personne n'est là à part nous deux. Mon père est toujours absent et mes grands parents n'existent pas. Je ne les connais pas. Le décor est toujours une scène couleur anthracite où règne la solitude, confinée à la mélancolie, au vide et à l'absence de communication. Peu à peu sortent de l'ombre deux personnages à l'arrière du lit occupé par ma mère. Ce sont mes grands parents. Ils restent en retrait face à nous. L'acte de cette tragédie où il ne se passe toujours rien est interminable. L'ambiance est pesante. Les nouvelles images ont du mal à venir. Mon grand père porte un grand manteau de laine gris. C'est un bel homme, grand, solide et à l'allure conquérante. Ma grand mère, très coquette, porte un tailleur noir, cintré à la taille et un bibi à voilette élégamment relevée. L'un et l'autre ne s'approchent toujours pas du berceau. Et puis, finalement, ma grand mère vient vers moi et me soulève délicatement, faisant de ses avant-bras une couche accueillante. Elle me sourit longuement. Son sourire est éclatant. Je me mets à pleurer, sans doute parce que je ne connais pas cette personne. Elle me pose délicatement sur sa poitrine charnue et me berce, tout en marchant elle me chante une douce mélodie. Ses bras ne me relâcheront plus. Nous quittons les lieux, pour un destin inconnu.

        Je sors de mon état modifié de conscience. L'évocation de cette première séparation m'a toujours profondément ému. J'en ai toujours éprouvé une douleur poignante. Je me souviens, la première fois que j'ai pris conscience de l'existence de cette blessure, j'ai basculé soudainement dans un autre univers. J'ai hurlé de douleur. Mon cri est monté comme un trait. Il me semblait qu'il avait traversé l'univers entier pour porter son message à l'infini. Chaque fois que j'assistais à un psychodrame, dans la vie ou sur un écran je ne pouvais m'empêcher d'avoir la gorge serrée et de laisser couler des larmes. C'était devenu lourd à vivre. D'autant plus que notre monde actuel est riche de tragédies liées à la séparation.
        Je m'attendais donc à m'effondrer. Il n'en a rien été. Est-ce que le travail d'EMDR en cours était en phase avec l'émotion ? C'est probable. Le traitement du traumatisme semble s'être effectué rapidement et en douceur lorsque ma grand mère me prend dans ses bras. Les évènements ne se déroulent jamais comme je les imagine. C'est un sérieux coup de pied aux fesses ! Curieux et toujours attisé par la recherche d'une explication plausible me voilà confronté à une autre réalité. L'esprit aurait-il préséance sur le cérébral ? Le cerveau, véritable complexe d'horlogerie, semblerait être sous la gouvernance d'ordres provenant d'une source à la fois extérieure et intérieure à nous. Je ne peux m'empêcher de faire le lien avec les propriétés étonnantes de la mécanique quantique. Je mets le doigt sur une nouvelle représentation de l'homme et de l'univers. Comme je n'ai pas d'explication et que je ne souhaite pas m'embarquer dans des spéculations passionnantes, je préfère en rester là. Je prends les évènements tels qu'ils me sont proposés.


    Le second abandon

        Ma vie au sein du foyer grand parental a été une époque très heureuse pour moi. J'en conserve de précis et bons souvenirs. Notamment du père Noël. Comme il me gâtait ! Les mises en scène de mes grands parents avec la complicité d'un voisin renforçaient la réalité de son existence. Au point que j'y croirai encore avec délice. Dans le silence de la nuit, j'entendais glisser le tablier métallique de la cheminée. Mon cœur battait et mes oreilles ne perdaient pas une note. Mes grands parents, eux, étaient au septième ciel. Par ailleurs, j'étais coucouné, protégé au point que je devenais parfois capricieux. Je ne rendais pas la vie facile à mes grands parents. C'était un problème pour me faire manger. J'exigeais de prendre place sur le rebord de la fenêtre du rez-de-chaussée, les allers et venues des piétons me distrayaient. C'est ce qu'il me fallait pour que j'avale la bouchée pour le lion, celle pour l'éléphant et pour tous les animaux de la création. J'étais menu et le teint pâle. Mon grand père m'apportait chaque matin, avant le petit déjeuner, un grand verre de sang de bœuf. Le sang de bœuf était censé passer directement dans mes veines et me donner des couleurs. Des cauchemars me réveillaient la nuit. Ma grand mère prenait alors ma main dans la sienne et je me rendormais. Bon papa et bonne maman, puisque c'est ainsi que je les appelais, sont ainsi devenus mes parents adoptifs.
        Je refusais de reconnaître le réel statut de mes parents biologiques. Ils étaient devenus des étrangers pour moi. Voire un peu hostiles. Nés après mon "enlèvement", je n'ai pas vécu avec ma troisième sœur ni avec mon frère. Un grand contraste nous séparait. D'un côté un enfant unique, choyé et hyper protégé, couvert de jouets et objet de vénération. De l'autre une petite communauté de quatre enfants élevée dans des valeurs quasi républicaines : obéissance, égalité, fraternité. Je me suis construit dans l'amour de grands parents plus motivés par le désir de me faire plaisir que par leur rôle d'éducateurs. Tout cela a contribué à accentuer le fossé entre ma vraie famille et l'autre famille. J'ai su que des tensions de plus en plus fortes s'étaient nouées entre elles. Selon le principe égalitaire, mon père essayait de reprendre une once d'autorité sur moi selon la méthode qu'il appliquait au reste de la troupe. Ce fut une erreur fondamentale car cette attitude me braqua de longues années contre lui. Aux dires de ma mère, il n'avait aucune psychologie ! Et lui de hausser les épaules de déni. C'était une époque où l'œuvre de Freud et toute sa cohorte de zozos (sic), au verbe choisi et au langage incompréhensible essayaient en vain d'expliquer ce qu'il n'y avait rien à expliquer. Voilà quelle était l'idée que beaucoup de matérialistes se faisaient de la psychanalyse à ce moment là. Dans ce contexte, il était prévisible que mon retour chez "les étrangers" ne pouvait pas bien se passer.
        Ma première extraction du nid fut un déchirement bouleversant. Autour de moi, tout le monde souffrait. Je n'acceptais même pas que mes parents me touchent pour me consoler. C'était eux les "méchants". Je me souviens de ces moments poignants où mes grands parents étaient obligés de se soumettre. Les jours suivants j'étais malade au point que je ne pouvais supporter l'idée d'être précipité dans l'arêne de l'école publique. Car l'épreuve de l'école devenait un abandon supplémentaire. Mes années de scolarisation, qui plus est dans une famille que je n'acceptais pas, furent plutôt noires. J'étais un élève médiocre. Je ne compte plus les centaines de lignes à copier. C'était parfois trois cent pour le lendemain matin : "j'apprendrai mes leçons d'histoire et géographie !". Mon père qui a eu le grand mérite de suivre le travail de ses cinq enfants atteignait parfois sa limite d'impatience. Je tournais autour de la table de la cuisine pour ne pas qu'il m'attrape, j'étais en pleurs, terrorisé par son regard bleu métallique. Je me couchais après mon frère et mes sœurs … bien après l'heure. Je vivais dans l'exaltation du retour de mes grands parents. Lorsqu'ils annonçaient leur visite, plus rien ne comptait alors. Je naviguais sur un tapis volant. A chaque période de vacances ils me ramenaient dans mon vrai foyer. C'était un bonheur ineffable. Deux jours avant de repartir l'angoisse m'envahissait. Ce furent de nombreuses et difficiles répétitions d'abandons. J'ai conservé, jusqu'à un âge avancé, les reliques somatiques de cette angoisse. A chaque reprise de mon travail professionnel, au demeurant passionnant, j'étais mal dans ma peau pendant une semaine. C'est dire l'emprise de cette blessure que le temps a imprimé dans l'intimité de mes cellules. Entre cinq ans et douze ans, j'ai vécu des tragédies alternant avec des périodes de bonheur. L'adolescence m'a permis de me défausser des grandes tragédies mais pas de les éradiquer.

        Nous avons repris le travail d'EMDR portant sur le second abandon. Si les visites de mes grands parents n'ont pas été fréquentes elles n'en représentent pas moins un bon échantillon d'occurrences au cours des huit années ayant suivi le second abandon. Nicolas ne manquait donc pas de situations émotionnelles pour que nous travaillions sur le sujet. Encore fallait-il en choisir une. Une fois de plus, mon cerveau émotionnel qui allait nous guider. Le théâtre le plus triste de cette période se situait dans le grand appartement que nous occupions au second étage d'un ancien immeuble. Un long couloir de vingt deux mètres aboutissait à un hall d'entrée. Il fallait descendre six marches pour parvenir à une large plate forme se terminant par la porte d'entrée. Une grande porte en bois vernis ouvrait sur un pallier éclairé par une ampoule à incandescence. De larges escaliers s'enfonçaient dans un espace sombre.
        Sur le pallier, face à moi, mon grand père est debout, dans son grand manteau de laine gris, un chapeau noir sur la tête, une valise à la main. Ma grand mère se tient un peu en retrait, dans son tailleur noir, la voilette de son bibi baissée. Ils sont immobiles. Ils sont silencieux. J'ai sept ans. Je veux les retenir. Je pleure à chaudes larmes, le cœur brisé une fois encore. Je sanglote les deux mains agrippées à mon visage. Mes yeux sont embués de larmes. Nicolas exécute délicatement un tapotement alternatif sur mes genoux. Le temps s'écoule lentement comme un long chagrin. Tout à coup je me sens grandir. Mon corps s'élève. J'ai maintenant quinze ans ! Mes larmes sèchent, je trouve une paix bienfaisante. Je ne ressens plus aucune angoisse. En face de moi, il n'y a plus personne. Mes grands parents ont disparu. Je referme la porte avec une sérénité que je n'avais jamais eue. Je tourne les talons et gravis les six marches conduisant au couloir. Je me dirige vers ma chambre et vaque à mes occupations.

        Je viens de vivre en direct et de façon inattendue le traitement de ce douloureux traumatisme. Maintenant je suis calme, ivre d'émotions, vainqueur. J'ai l'impression de naître à nouveau, avec un regard neuf sur le monde qui m'entoure. J'ai l'intime conviction de m'être débarrassé d'un fardeau. A chaque libération nouvelle que j'ai vécue, lors des séances d'EMDR, j'ai su avec certitude que mes acquis étaient définitifs. Le doute était balayé. J'évalue à dix cette certitude sur une échelle de un à dix. J'ai la sensation de marcher sur un nuage. J'ai franchi un pallier qui m'ouvre désormais à d'autres ascensions.
        Je quitte le cabinet. Dehors, pourquoi je trouve les gens beaux ? Parce que mon regard a changé. Des connections, bloquées depuis des décennies, semblent s'être rétablies comme par enchantement. J'ai l'impression de mieux comprendre le mal être des gens. Un regard absent, un pas pressé, une tête baissée, un visage fermé … sont autant de signaux que je n'ai plus à interpréter. Comme si une vanne, brutalement relevée, avait libéré un flux d'énergie m'attribuant des capacités de communication. Curieusement, en me croisant, beaucoup de gens posent un regard sur moi. Comme ce n'est pas carnaval cela me rassure. Ce regard est bref mais contient quelque chose d'interrogatif. Je sens ma conscience s'éveiller un peu plus. Je ne m'inquiète pas de l'heure ni de ce que je vais manger. Je marche sans but. Ma seule envie est de profiter de ces instants. Le ciel gris et pluvieux ne transmet aucune tristesse. Je me sens en connivence avec tout. Je ne m'explique rien, je prends ce qui vient. Enfin, je prends ma part.

        J'ai toujours su qui étaient mes parents biologiques. Mais j'ai toujours été physiquement et affectivement noué à mes grands parents que je considérais, sans le moindre doute, comme mon père et ma mère. Une fois adulte, j'ai développé une relation affective avec mes parents, mon frère et mes sœurs. Mais j'ai toujours ressenti un immense gâchis dans l'expression de mes sentiments filiaux. Mon frère et mes sœurs montraient un attachement si fluide à nos parents que cela m'interrogeait. L'amour qu'ils pouvaient leur témoigner me semblait tellement supérieur à celui que je ressentais ! Même vis à vis de la tiédeur affective que je manifestais à mes grands parents. J'avais placé l'amour trop haut, inaccessible, finalement impossible à donner et à recevoir. Je transcendais beaucoup de valeurs. J'étais dans la quête illusoire de l'amour absolu. Avais-je manqué une étape essentielle dans ma vie ? Je la désirais comme une inconnue. Ce manque, probablement lié à d'autres traumatismes douloureux que je ne traiterai pas ici, me donnait l'impression que je n'étais pas abouti.
        Les libérations par paquets successifs de mon énergie vitale m'ont conduit peu à peu à une connaissance de plus en plus intime des questions existentielles. Cela s'est fait simplement sans que mon mental consomme de l'énergie. Je veux dire par là que je n'ai fait aucun effort cérébral pour renforcer mon savoir, comme on le fait à l'école. Ce n'est même plus du savoir mais de la connaissance acquise grâce à la meilleure fluidité de mon énergie circulante. Cette connaissance survient lorsque les conditions de sa réception sont favorables. Ce n'est en aucun cas de la voyance mais la réalisation d'un processus naturel. L'acquisition de cette connaissance n'a pas besoin d'être vécue. C'est un enseignement qui coule de source. Je le ressens comme une information que je connais déjà et qui ne fait que remonter de ma mémoire. Par exemple, je viens de comprendre que la marque de fabrique des êtres vivants est exclusivement fondée sur l'amour. Tous les mécanismes physiologiques concourent à cela. C'est brutal et mon assertion peut paraître désuète, vieux jeu, réchauffée ! Pour moi c'est au contraire une information inédite que je n'emprunte à aucune morale laïque ou religieuse existante et que je connais bien par ailleurs. Tout écart par rapport à l'amour ne peut que générer des porte-à-faux et accumuler des encombrants en nous. Ils nous polluent. Si on considère l'humanité toute entière cela fait beaucoup d'encombrants. C'est pourquoi notre monde est loin de la fluidité collective attendue lorsqu'il est sur la voie de la perfection. Je pourrais dire encore beaucoup de choses sur le sujet mais ce n'est pas l'objectif de mon témoignage. Cette transgression a simplement pour but de montrer d'autres conséquences bénéfiques de l'EMDR. Pour bien me faire comprendre je dirais plus trivialement qu'un décalaminage de nos tuyaux d'énergie nous mène sans effort à la connaissance par la fonction d'amour, notre moteur originel. Souvenons-nous que lorsque nous sommes amoureux tout paraît si simple et si léger. N'est-ce pas ?

    Analyse et discussion

        Je me suis volontairement limité à la narration des traumatismes d'abandon. Pourquoi ce choix ? Parce qu'ils ont été chronologiquement les premiers mais aussi très perturbants. Et puis, de tels évènements ont été vécus, dans d'autres circonstances et dans d'autres lieux, par nombre de personnes. Mon cas est loin d'être unique. Mon histoire peut les toucher et les interpeller. Enfin, si j'avais tout raconté, mon expérience de l'EMDR n'aurait représenté qu'une trop faible partie.

        Dans ces lignes, je n'ai pas exposé de façon exhaustive la thématique de l'insécurité affective. J'ai passé sous silence d'autres traumatismes forts, comme les nombreuses tentatives de suicide de ma grand mère devant mes yeux. J'ai été profondément meurtri par ces évènements violents dans la période comprise entre mon âge de pleine conscience et l'adolescence. A l'adolescence, j'ai su discerner la part théâtrale présente dans ce tragique chantage affectif de ma grand mère. Ma chère bonne maman, comme tu jouais bien la tragédie.

        Ma curiosité acoquinée à mon esprit d'analyse m'a conduit à disséquer mon expérience. C'est mon péché mignon qui peut devenir parfois mon péché affligeant lorsque mon mental prend trop le dessus :
     
    Le travail de préparation et d'exécution
       
        J'ai pris conscience que la présence du thérapeute est centrale. Nicolas a su identifier, dans mon discours, la plupart de mes blessures. Il a discerné ceux qu'il a regroupés autour d'un même traumatisme ou à traiter dans d'autres thèmes. Il a proposé, au bout de notre préparation, une stratégie appropriée pour réaliser le travail. C'est un travail d'anamnèse de haute précision suivi d'un travail d'orchestration raisonné demandant de surcroît une attention sans faille. Je me suis rendu compte, au cours des séances, que les priorités pouvaient changer en fonction de l'irruption d'évènements nouveaux ou d'émotions nouvelles qui se manifestaient. Dans cette phase, j'ai du être actif et participatif comme j'en parlerai plus loin.
        Cette découverte me permet de faire une mise en garde vis à vis de certaines pratiques hâtives de la part de quidams ou de certains personnels de santé qui, sans aucune formation préalable, s'improvisent praticiens. Beaucoup ont lu comme moi l'histoire de Francine Shapiro, à l'origine de la découverte des mouvements oculaires bilatéraux lors des périodes oniriques. Il leur semble qu'en demandant à leur interlocuteur de suivre le mouvement alternatif de leur doigt, ils vont traiter le traumatisme. Ce n'est pas exclu mais c'est une procédure généralement vouée à l'échec qui peut conduire au désespoir des patients. Le thérapeute doit être capable d'assister le patient dans toutes les réactions violentes qu'il peut manifester. Ce n'est pas donné à tout le monde. J'avoue m'être aussi abusé après la lecture de sites Internet sur le sujet. Mais fort d'une expérience antérieure en psychothérapie je ne me suis jamais permis de jouer au guérisseur.

    La nécessité d'être dans ses émotions
       
        La résolution de mes traumatismes n'a pu se faire qu'avec ma participation active. Au départ, j'avais la volonté de tout faire pour favoriser ma guérison. J'ai du abandonner mes contrôles mentaux. J'ai du mettre au rebut toute inclination à flatter mon image. Au contraire, j'ai du accepter de m'exposer entièrement dépouillé de tout artifice. J'ai du libérer toutes mes émotions vraies. Cela signifie que j'étais prêt, dans ma tête, à jouer le jeu selon les règles.
        Si je n'avais pas effectué cette démarche de mise à nu, Nicolas aurait été impuissant à obtenir la moindre guérison (sauf concours de circonstances exceptionnelles). Ce travail se fait à deux, en symbiose. La confiance doit être réciproque pour que nos deux énergies permettent l'accomplissement du mécanisme cicatriciel que la nature nous a octroyé.
        Oui, ce mécanisme est en nous. Dans le cas de l'EMDR, je ne crois pas à l'effet de la méthode Coué ni à celui d'une magie déclenchant une réaction réparatrice. L'effet miraculeux ou induit par une conviction intime est d'une autre nature.

    Evacuation d'un traumatisme ancien et des blessures associées
       
        Je ne parlerai pas de traumatismes récents puisque je n'en ai pas vécus. J'ai appris, par mes lectures, qu'un traumatisme récent est plus facile à traiter car il n'a pas eu le temps de s'enkyster ni de construire des réflexes compensateurs. Par ignorance, je n'en dirai pas plus.
        La recherche du traumatisme clé est essentielle. Elle permet de nettoyer plus rapidement l'encombrement de la mémoire émotionnelle. J'ai compris que des traumatismes périphériques pouvaient être rattachés au traumatisme clé. D'une pierre … plusieurs coups ! Le traitement du traumatisme central va entraîner dans son sillage celui d'autres blessures. Je m'en suis rendu compte par le simple fait qu'au cours de la thérapie certains traumatismes que j'avais signalés pouvaient perdre toute leur virulence. Lorsque le thérapeute m'invitait à tester leur rémanence, quelle était ma stupéfaction de constater que la douleur avait disparu ! L'importance de la qualité du discernement du psychothérapeute est essentielle. Nicolas a su identifier tel traumatisme clé et ranger sous sa bannière un ensemble de traumatismes périphériques. On gagne beaucoup de temps en ne traitant pas une à une toutes les blessures. Elles sont évacuées dans la vague du traumatisme clé.

    Evacuation retardée de traumatismes secondaires

        Il pourrait s'agir de blessures non encore traitées ou de mécanismes compensateurs mis en place pour contourner une souffrance (c'est plutôt mon cas). Par la fréquence de leur mobilisation ces mécanismes acquièrent le statut de réflexes conditionnés. La difficulté est de réaliser leur "détricotage". On prend conscience plus tardivement que leur rémanence va céder progressivement par le tarissement de la source d'approvisionnement, celle de l'émotion du traumatisme principal. Il ne faut pas s'étonner que la guérison complète puisse traîner en longueur. Je réalise maintenant qu'à mon insu, le mécanisme naturel de traitement de nos émotions se poursuit (au cours de mes rêves). C'est pourquoi il n'est pas rare d'avoir l'impression de revivre, de manière atténuée, des réflexes ou émotions passées. Mais cela s'estompe peu à peu. Si ce n'est pas le cas, il y a alors nécessité de traiter les traumatismes restés silencieux lors des séances passées d'EMDR. J'ai appris que le cerveau orchestrait les priorités. Il a donc le pouvoir de mettre en attente des traumatismes secondaires, aussi longtemps que la préséance qu'il impose le requiert. Si ces blessures ne passent pas toutes seules, il est important de reprendre contact avec le thérapeute. Les traumatismes s'enchainent comme les nœuds d'une corde. Ils sont obligés de se défaire selon un ordre établi, la corde pouvant aussi présenter des diverticules de nœuds.

    La psychothérapie par EMDR conduit-elle à la guérison ?

        La question que je me suis posée, à la fin des séances d'EMDR était : suis-je définitivement guéri ? La certitude d'une guérison dans l'instant est toujours vivace. Mais cela va-t-il durer ? Je ne suis pas voyant, seul le temps le dira. Néanmoins, trois mois après l'arrêt des séances, je peux affirmer que je n'ai pas rechuté et que je me sens plus libéré. J'ai conscience, d'être encore en phase d'auto guérison comme je l'ai décrit précédemment.

        J'ai développé, dans les pages précédentes, quelques bénéfices acquis par cette psychothérapie. Que puis-je ajouter d'autre ? J'ai gagné en sérénité. Je me rends compte que je gère mieux le stress. Beaucoup de troubles organiques quotidiens ont disparu ou se manifestent de manière très atténuée. J'ai davantage d'énergie pour agir. Les contraintes administratives que je me représentais comme des marches un peu trop hautes sont devenues des tâches communes où j'investis une énergie raisonnée pour optimiser le résultat. Je gère mieux les périodes multitâches et ne ressens aucune obligation à effectuer un travail dans l'immédiat. Je m'accorde le temps de ne rien faire lorsque j'en ai envie et ne me laisse pas emporter par l'activisme pour combler un vide existentiel qui est de moins en moins vide. Mon temps se remplit de lui même. Je supporte mieux les images que l'on montre sur les écrans, dans les journaux télévisés ou dans les films. Je ne craque plus devant des histoires d'abandon. Je ressens une émotion plus simple, en particulier de la compassion. Si l'injustice me révolte encore, je n'en fais plus une affaire personnelle. J'ai cessé de voir le monde selon un paradigme subjectif. Ma vision du monde gagne en ouverture. Toute cette énergie libérée, que mes blessures ont longtemps retenue, me permet désormais de l'utiliser à d'autres tâches.

        La vie continue. Mon cerveau poursuit sa tâche de déblaiement. Peut-être m'invitera-t-il à réaliser un nettoyage complémentaire mais probablement de plus faible amplitude. Dans quelques mois, je reviendrai chez Nicolas pour faire un bilan et sans doute quelques petits réajustements.


  • Commentaires

    1
    illana-rose
    Mercredi 31 Juillet 2013 à 17:27

    bonjour

    à la lécture de votre lettre 

    j ai compri de quoi je souffrais depuis 51 ans !

    je ne sais si dans l allier il y a ce genre de théraphie emdr ! ma situation est très difficile , surement comme , les gens comme moi ,surtout mon mari ! qui lui prend tout cela de plein fouet

    merci

    2
    N.Desbiendras Profil de N.Desbiendras
    Vendredi 2 Août 2013 à 11:22

    Bonjour 

    Pour trouver un praticien EMDR Europe, certifié, vous pouvez aller voir sur le site EMDR France, rubrique annuaire:
    http://www.emdr-france.org/spip.php?rubrique20

    S'il n'existe pas dans votre région de praticien certifié, il arrive parfois qu'il y ai des praticiens en cours de formation. Dans ce cas dites le moi et je pourrai chercher pour vous. Il arrive même parfois que l'on trouve un praticien EMDR avec 10 ans d'expériences qui n'ai jamais pris la peine de passer sa certification européenne :)

    Bon courage dans votre démarche

    3
    illana-rose
    Samedi 3 Août 2013 à 18:09
    illana-rose

    merci

    à la lecture  de toutes ses  temoignages ,  je reprend courrage ,il y a peu-ètre une solution, j ai touvée une therapheute à moulins 03 elle est sur la liste du site emdr

    chaque jours est une épreuve.

    illana-rose

     

    4
    N.Desbiendras Profil de N.Desbiendras
    Dimanche 18 Août 2013 à 13:39

    Je suis ravis d'apprende que vous avez trouvé une thérapeute EMDR.
    Le chemin vers l'appaisement et la résolution n'est pas toujours facile.. loin de là ! Une thérapie c'est le changement et il faut pouvoir accepter de changer car l'inconnu fait toujours peur et on a vite fait de se réfugier dans d'anciens schémas même s'ils ne sont pas adatpés. 

    Bon courage

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