• Témoignage de Lucie, Trouble Dissociatif de l'Identité (TDI)

    Lucie est en thérapie avec moi depuis 2 ans, c'est ma plus longue prise en charge.

    Elle souffre (souffrait) d'un trouble dissociatif de l'identité, cela correspond à ce que l'on nomme aussi trouble de la personnalité multiple. Plusieurs alter-égo coexistent dans sa psyché (voir article sur les TDI pour plus de détails:  ICI). 

    Quand elle est venue au début, son entourage avait peur qu'elle soir schizophrène, elle souffrait depuis de nombreuses années déjà, et devenait de moins en moins adaptée dans son quotidien.

    Ceci est un bilan intermédiaire, la thérapie n'est pas entièrement finie mais a déjà énormément avancée. Aujourd'hui Lucie ne correspond plus au diagnostique de TDI. 

     

    Avant de commencer ma thérapie EMDR, je me sentais brisée de l’intérieur. Je pensais que j’étais une âme bloquée dans un corps qui n’était pas le mien. D’ailleurs, je ne me reconnaissais pas dans la glace lorsque je me voyais, même si je savais que logiquement ce devait être moi. Je me sentais être deux personnes à la fois, ce qui fais que j’ignorais qui j’étais et j’attendais après des frères imaginaires. Ma vie tournait uniquement autour d’eux, je pensais qu’ils allaient venir me chercher, que cette vie que je vivais n’était pas vraiment la mienne. J’explosais en sanglots dès que je voyais des jumeaux ou des jumelles, car j’attendais personnellement mes frères jumeaux qui ne venaient pas. J’avais ce que j’appelais des « crises », moments ou je perdais conscience de la réalité, ou j’oubliais des actes simples de la vie quotidienne que je venais d'effectuer. Ces moments d’amnésie étaient courts et généralement je retrouvais ensuite mes souvenirs, en gardant cependant l’impression que quelqu’un avait agis a ma place, car je ne me souvenais pas avoir agis ainsi. J’en concevais une grande peur et j’étais désorientée. Je me sentais également comme coupée de la réalité, comme si je rêvais en permanence, n'étant pas vraiment consciente de mes paroles, de mes actes, ne profitant pas de ce que je vivais. Je m’étais aussi coupée de mes émotions, je ne ressentais plus vraiment la douleur, la peur, la joie, le bonheur, ou d'autres émotions. Je faisais beaucoup de cauchemars qui me laissaient fatiguée, de mauvaise humeur, triste et inquiète. Je faisais du somnambulisme, et c’est souvent que je me levais la nuit, désorientée, hébétée, sans savoir comment j’étais arrivée là où j’étais et qui j’étais. J’avais aussi des problèmes relationnels avec mes amis et ma famille. J’ai été voir des médecins, qui m’ont dit que j’étais peut-être épileptique, puis hypocondriaque, puis que j’avais des soucis de concentration, hyperactivité, que j’avais le syndrome d’Asperger et enfin que je racontais n’importe quoi pour attirer l’attention. J’ai passé des examens, sans rien trouver comme maladie, mais en rencontrant beaucoup de médecins (et de psychologues) qui m’ont jugée « folle » et me l’ont fait ressentir. J’avais aussi des crises de manque où un « trou noir » me faisait mal, comme s’il m’aspirait de l’intérieur, et j’avais peur d’en mourir. Je me suis considérée comme folle, comme une personne peu fiable, et pas digne d’être aimée.

    Alors j’ai voulu essayer de faire une thérapie efficace, et j’ai entendu parler de l’EMDR. J’ai essayé avec une première praticienne, mais nos rendez-vous ne m’ont pas permis de comprendre ce que j’avais, ni de me faire réellement avancer. Je ne voulais rencontrer que des psy femmes, mais j’ai finalement décidé de rencontrer un homme. J’ai enfin compris ce que j’avais, que je n’étais pas folle, mais que j’avais un Trouble Dissociatif de l’Identité. J’ai enfin rencontré quelqu’un qui ne me prenait pas pour une enfant qui voulait faire son intéressante en s’inventant des problèmes.

    En thérapie, nous avons fait plusieurs démarches, traitant d’abord les « petits problèmes » devenus incontrôlables pour moi. Puis nous avons attaqué les soucis les plus profonds, et nous avons imaginé une salle diplomatique, ou les différentes parties dissociées de mon être pouvaient se rencontrer et s’apprivoiser. J’ai deux souvenirs très nets de séances : la première fois ou, quand je suis sortie du cabinet, je n’étais plus en crise puisque nous avions supprimé ce trou noir en moi, en abordant le sujet de mes frères jumeaux imaginaires. Et enfin une séance relativement récente, lorsque nous avons expérimenté une technique particulière qui m’a permis de me sentir heureuse pendant plusieurs jours, comme si j’étais soulagée et apaisée. Peu à peu, j’ai commencé a me ré associer. La métaphore qui exprime le mieux mon ressenti, c’est une âme qui s’est brisée, et chacun des morceaux s’est soudé, a cicatrisé, a un endroit qui n’était pas le sien à la base. Il a fallu d’abord les dessouder, lentement, même si ça a fait de petites plaies à la paroi ou elles se sont accrochées, puisqu’elles étaient là depuis des années. Et ensuite, il a fallu les faire bouger. Enfin, il a fallu que toutes ces parties s’assemblent pour donner l’âme qu’elles formaient initialement.

    J’ai eu beaucoup de prises de conscience, mais l’étape la plus dure pour moi a été de comprendre et d’accepter que je n’avais pas de frères jumeaux. Il a donc fallu renoncer a tout ce qui avait motivé ma vie jusque là, renoncer au pilier qui m'avait soutenu, a mon plus grand rêve.

     

    Aujourd’hui, je n’ai plus de trou noir en moi qui m’aspire, je n’ai plus de crises de manque qui me faisaient tant peur et tant souffrir. Je n’ai plus de périodes d’amnésies, ou alors a de très rares moments, quand un élément très perturbant intervient. Même si j’ai encore souvent cette impression de rêver et non d’être dans la réalité, je « reviens de plus en plus souvent a moi ». Je ne fais plus de cauchemars, ou plus normalement. Je n’ai plus la sensation que cette vie n’est plus la mienne, je n’attends plus des frères inexistants. Je me sens plus en paix à l’intérieur de moi, mais j’ai souvent la sensation que maintenant que tout ça est sorti, c’est comme si j’étais vierge d’informations, de vécu, d’intérêt. Comme si je n’avais plus rien à offrir, parce que mon passé m’a empêché d’accumuler de quoi me forger une véritable personnalité. J’ai surtout beaucoup de mal a rétablir mon équilibre, car au cours de ma thérapie, c’est tout mon mode de fonctionnement, mes rêves et mes croyances que j’ai du bouleverser. Je dois me reconstruire, un peu comme une enfant. Mais je considère que j’ai beaucoup avancé quand même. Même si je ne suis pas au bout de mes peines, je peux quand même constater que je suis en progrès. J'ai l'impression de me connaître bien mieux, et m'accepter est ainsi moins difficile. En effet, je me sens bien plus forte, bien plus indépendante, et mon esprit me parait plus « rangé ». 


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